Série de cinq empreintes numérotées, pastel à la cire sur papier, 21 X 14,8 réalisée par frottage lors de la réalisation du Grand Tampon Mont-Blanc. Au fur et à mesure de l’avancement de la gravure de la plaque de linoléum, une simple feuille de papier a été appliquée sur celle-ci. La feuille a ensuite été frottée à l’aide d’une grosse craie à la cire, révélant ainsi l’image créée. A l’inverse de l’impression qui révèle une image opposée à celle de la matrice, le frottage permet d’obtenir une image identique à celle créée sur la plaque gravée. C’est ici la raison de son utilisation. Ce procédé a été renouvelé jusqu’à l’obtention d’un résultat satisfaisant. La série d’empreintes monochromes obtenue révèle l’approche progressive de la réalisation finale. L’avancée du travail correspond à l’avancée réelle d’un cheminement vers le Mont-Blanc. La première image suggère la silhouette d’un massif montagneux. Sa ligne de crête se découpe nettement sur le fond blanc, le reste du massif se trouve comme dans le brouillard. Il ne s’agit pas ici de pollution mais de suspension dans l’atmosphère de très petites gouttelettes d’eau, sous l’effet de mouvements turbulents de l’air. Sur cette première empreinte, le brouillard est un nuage dont la base touche le sol. La couleur bleue transmet une ambiance froide. Le duo bleu/blanc évoque une atmosphère hivernale. L’hiver, par beau temps, la montagne blanche, couverte de neige, se détache sur le bleu éclatant du ciel. Ici, c’est l’inverse. L’estampe ne se crée-t-elle pas à l’inverse du résultat attendu ? La seconde image ne nous dévoile que peu de lignes, l’une, située sur les hauteurs, double la ligne de crête et suggère un cheminement en traversée, avec peu de dénivelé, permettant d’appréhender un paysage à perte de vue. L’autre, part de plus bas, nous emmène vers le sommet puis redescend un peu plus loin après un cheminement plus difficile, plus escarpé, évoquant l’ascension du mont Fuji par les pèlerins. Quelle ligne choisir ? Celle qui reste infiniment sur les hauteurs ou celle qui nous fait voyager d’un monde à l’autre, du monde matériel au monde spirituel ? Les images suivantes se peuplent de lignes à un rythme beaucoup plus soutenu. La montagne est rapidement envahie, de plus en plus d’espaces se creusent, révélant l’image touristique et mercantile excessivement exploitée du « toit de l’Europe ». J’envisage de faire encore évoluer la gravure de ce tampon, poursuivant l’invasion des lignes, signes de l’invasion économique, jusqu’au vide total de la forme. La seule trace laissée sur le papier serait la ligne de crête. La dernière image serait proche de la première. La forme pleine de la première deviendrait la forme vide de la dernière, le brouillard bleu laisserait sa place à un nuage de pollution blanc.




