PASSY 2100

Exposition présentée au Centre Culturel Municipal de Passy dans le cadre des Journées Européennes du Patrimoine du 17 septembre au 12 octobre 2022.
Une projection climatique sur le territoire de Passy et sur son patrimoine… durable? thème des Journées Européennes du Patrimoine 2022.

PASSY 2100, un scénario d’anticipation

Nous serions dans une nouvelle époque géologique, l’Anthropocène, terme proposé à la fin du XXème siècle par le météorologue et chimiste de l’atmosphère Paul Josef Crutzen, prix Nobel de chimie en 1995, pour caractériser l’époque de l’histoire de la Terre qui a débuté lorsque les activités humaines ont eu un impact global significatif sur l’écosystème terrestre.

Depuis 2005, un groupe international d’experts scientifiques, le Group on Earth Observations (GEO), a été mis en place pour observer la Terre et mesurer notamment les conséquences des activités humaines.

Les désastres écologiques contemporains amènent les chercheurs à envisager des scénarios catastrophes sur l’avenir de la Terre. Hubert Reeves, astrophysiscien écologiste, nous alerte et présente les hypothèses suivantes dans Mal de Terre : [1] Les thermomètres indiquent actuellement que sa température monte. Nous pouvons alors nous demander jusqu’à quelle température elle va monter et quels pourraient en être les effets ? Si la température montait encore d’une dizaine de degrés, les étendues désertiques, déjà en expansion, prendraient des proportions toujours plus grandes au détriment des surfaces arables. Seules les espèces adaptées aux climats désertiques continueraient à vivre aux latitudes plus basses, les autres migreraient vers les régions polaires, où la température resterait acceptable. La dilatation thermique de l’eau associée à la fonte des glaciers polaires pourrait élever le niveau des océans, inondant les villes côtières et les terres de basse altitude, réduisant encore plus les surfaces habitables. En allant plus loin, en imaginant que la température augmente de 60 à 70 degrés, tous les organismes pluricellulaires seraient voués à une mort certaine à l’exception de la vie bactérienne. Nous y retrouverions alors l’état de la vie terrestre telle qu’elle était vraisemblablement avant l’apparition des premiers organismes, plantes et animaux. Pourrait alors se rejouer un scénario analogue à celui d’il y a un milliard d’années….

Hantée par les conséquences potentielles et irrévocables de l’action de l’homme sur notre environnement, j’envisage un scénario correspondant à la proposition d’Hubert Reeves. J’imagine alors la possibilité qu’un explorateur redécouvre Passy en 2100. Mon idée d’origine était de présenter un ensemble de plans, images, sons, objets témoignant de ce qu’a été ce lieu, ainsi que des objets personnels de l’explorateur fictif à qui j’avais donné une identité (portrait, extraits de son agenda, extraits de son journal). Au cours de ma recherche, j’ai accumulé de nombreux documents et objets, noté mes réflexions dans un carnet, créé des pièces…  Il m’est alors apparu que cet explorateur, c’était moi ! J’allais présenter le fruit de mes propres recherches, mêlant éléments du passé, du présent et de futur afin de créer un flou, une perte de repères temporels, invitant le visiteur à se demander comment il se situe dans cet espace temporel. J’ai ensuite choisi d’abandonner l’aspect anecdotique de cette découverte pour lui donner un caractère plus sacré, les objets présentés s’apparentant alors à des reliques.

Le mot relique dans son premier sens religieux signifie « Ce qui reste, après sa mort, du corps d’un saint ou d’un martyre ; objets ayant été à son usage, instruments de son supplice, considérés comme des objets sacrés et auxquels on rend un culte. »[2] Il a cependant aussi des sens scientifiques. En biologie, il caractérise une « espèce presque éteinte, d’origine très ancienne et qui ne se rencontre que dans une aire limitée »[3], en géologie, il qualifie ce « qui subsiste d’époques antérieures, généralement sous climats différents »[4]. Le mot relique est donc ici tout à fait adapté. Le caractère sacré de cette installation qui sera présentée comme un sanctuaire nous rappelle aussi que l’art est arrivé à Passy avec l’église Notre-Dame de Toute Grâce.

PASSY 2100 illustre le thème de la vanité. La vanité[5] est une nature morte proposant une méditation sur la mort et le caractère éphémère des biens terrestres. Les objets représentés évoquent la vie contemplative guettée par une tête de mort, ou des objets qui satisfont les sens mais discrédités par la présence d’une tête de mort ou par leur état de destruction. Le thème apparaît dans la peinture occidentale au XVème siècle sur les polyptiques flamands. Il est significatif de l’inquiétude de l’humanité. La vanité figurée par un crâne fait partie des archétypes de notre culture.

Pluridisciplinaire, Passy 2100 fait dialoguer des œuvres insignes du passé avec des créations contemporaines afin de retracer au présent un récit du passé susceptible d’éclairer notre regard sur l’avenir. Elle associe les contemporains et les anciens, les arts et les sciences, pour discerner ce qui, dans l’histoire des sociétés disparues, nous renseigne sur les chances et les périls du futur. Au cœur de sa conception figure le dialogue qu’entretient la pensée de notre temps avec l’avenir, ainsi qu’avec les arts de différentes époques.


[1] REEVES Hubert avec LENOIR Frédéric, Mal de Terre, Paris, Seuil, 2003, p 20-24 [2] cnrtl.fr/lexicographie/relique[3] cnrtl.fr/lexicographie/relique, ibid.[4] cnrtl.fr/lexicographie/relique ; ibid.[5] D’après la définition de Jean-Pierre Néraudau, Dictionnaire d’histoire de l’art, Paris, PUF, 1985

Installation

Vernissage

Performance participative

Hybridations de cartes postales

Presse